Fethi Benslama LA GUERRE DES SUBJECTIVITÉS EN ISLAM

Sources : http://www.editions-lignes.com/LA-G…

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Livre essentiel, avec lequel Fethi Benslama fait le point sur une vingtaine d’années de travail. Travail exemplaire qu’il n’y a que lui à mener, lequel consiste à ne pas tenir pour rien les aspects fondamentalement subjectifs qui président à tout conflit ; dans le cas présent aux conflits qui dévastent les terres d’Islam. Des Musulmans, comme il est trop communément convenu de dire en Occident, suffit-il de parler en termes historiques, sociaux, économiques, géo-politiques ? Autrement dit : de masses ? Que peut-on en apprendre de déterminant en se servant des outils de la psychanalyse, par exemple ? Outils dont Fethi Benslama use ici d’une façon qui fera date, comme a fait date son livre « La Psychanalyse au risque de l’islam ».

Cet ensemble de textes s’organise autour de ce que Fethi Benslama appelle la « guerre des subjectivités » dans le monde musulman contemporain. Ils témoignent du travail sans précédent ni comparaison entrepris par Fethi Benslama sur ce qui constitue un terrain inexploré dans les études concernant l’islam, où la question du sujet tient peu de place.

Tout se passe en effet comme si, dans le vaste champ des études existantes, les Musulmans pouvaient avoir une vie sociale, politique, économique, mais pas de consciences de soi actives dans leur conditions d’existence présente, ni de processus de subjectivation produits par leur culture et par leur histoire ; et encore moins d’inconscient, alors même qu’on ne cesse de discourir sur la crise d’identité qu’ils vivent. La guerre des subjectivités, Fethi Benslama tient à le préciser, n’est pas un thème prémédité, mais une articulation a posteriori, qui s’est imposée à lui lorsque il a rassemblé les textes qui ont jalonné les vingt dernières années de son travail. Cherchant alors à dessiner une cartographie du paysage exploré et à interpréter les résultats obtenus, l’évidence s’est imposée à lui que ces travaux étaient massivement en prise avec des conflits dont l’enjeu récurrent était les modes d’être « sujet » dans la civilisation actuelle de l’islam, modes dont l’ampleur et la violence sont ceux de ce qu’il est convenu d’appeler une guerre.

Fethi Benslama : « En remontant le fil du temps et des événements à partir de ce constat, je m’aperçois que je n’ai fait que penser à l’intérieur de cette guerre, et que dès le premier écrit, j’en fus partie prenante. Non pas que j’aie décidé de faire la guerre, mais que la guerre s’est faite à travers ce que je cherchais et écrivais. En ce sens, la locution guerre des subjectivités désigne moins la guerre que livre quelqu’un volontairement, que la guerre qui se fait dans son existence, qu’il le veuille ou non. Le sujet en guerre est secondaire au sujet fait par la guerre, à tous les sens du mot fait et de l’expression être fait. L’acte d’engagement personnel n’est pas négligeable, mais il est déterminé par le temps de guerre qui conditionne la question de l’être sujet. »

De ceci il résulte que toutes les générations apparues dans le monde musulman, depuis la fin de la période dite « coloniale », aux alentours de la deuxième moitié du XXesiècle, ont été façonnées par cette guerre des subjectivités, dont la radicalisation s’amorce au cours des années soixante-dix et se poursuit jusqu’à ce jour. Sans doute, faudrait-il remonter à plus loin, certainement à l’entrée des Lumières dans le monde musulman, pour identifier les germes de ce temps de guerre, mais c’est au cours de la période actuelle que les éclosions destructrices et les mêlées dévastatrices ont pris le tour systématique, qu’il faudrait sans doute qualifier aussi de systémique. Cette guerre reste pourtant non reconnue en tant que telle, ou seulement à travers quelques-uns de ses enjeux, en général géopolitiques et économiques, ou bien encore par certains de ses effets, tels que le terrorisme. Terrorisme, auquel Fethi Benslama consacre de nombreuses pages fortes qui renouvellent du tout au tout l’interprétation accusatrice qui s’impose en Occident. L’attentat-suicide notamment, qui en appelle autant à l’auto-destruction qu’à la seule destruction.

Table

Préface

I. RAISONS ET DÉRAISONS DE LA GUERRE L’agonie pour la justice Nos illusions à propos d’une illusion La communication des bourreaux Puissance et impuissance devant l’événement Le mouton qui blasphème La honte d’être musulman Le décollement identitaire De la sécularisation subjective

II. STRUCTURES MYTHO-THÉOLOGIQUES DU SUJET D’un renoncement au père La question du sujet en islam Le corps mytho-théologique Le sexuel monothéiste et sa traduction scientifique

III. PAYSAGES DE LA SUBJECTIVITÉ Psychopathologie d’un jardin andalou Hyperbole du féminin Destins œdipiens en islam Le temps du roman

IV. HORS SUJET Comment devient-on intellectuel musulman ? Une recherche psychanalytique sur l’islam Géopsychanalyse du sujet La décision d’Averroès

V. SALUTS La grâce de Jacques Derrida Le dessaisissement de Lacoue-Labarthe À la suite de Khatibi

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